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Notre manifestation, un succès inattendu

Notre manifestation, un succès inattendu


Plus de 200 personnes se sont rassemblées le samedi, 30 mai, à la Place Clairefontaine, pour protester contre l’inscription de la « liberté garantie d’avorter » dans la Constitution. Puissent les députés reconsidérer leur vote du 3 mars ! Dans notre manifeste, nous plaidons pour la constitutionnalisation du droit à la vie, conjointement à l’inviolabilité de la dignité humaine. Plusieurs femmes ont témoigné de leurs expériences personnelles en se prononçant résolument pour le respect de la vie dès le commencement. La manif a été une fête colorée, rythmée par une musique joyeuse, et rehaussée par une belle danse des enfants.

Discours d’André Grosbusch, président de Vie Naissante, et quelques témoignages recueillis lors de la manifestation ci-dessous :

André Grosbusch, président de Vie Naissante :

Nous sommes rassemblés au cœur de la capitale pour protester une dernière fois contre l’intention de la Chambre des Députés d’inscrire l’avortement comme liberté garantie dans notre Constitution.

Il y a un an nous n’aurions pas imaginé qu’une telle dérive puisse avoir la majorité requise. Cette révision constitutionnelle n’était nullement annoncée avant les élections législatives, et son objet n’a rien à faire dans la Constitution. L’avortement est un sujet délicat, complexe et clivant. Or la Constitution est la loi fondamentale de notre État :

elle doit rassembler, et non diviser ; et elle doit être inclusive pour les plus faibles et les plus fragiles.

Hélas, le 3 mars 2026 c’est fait. Sous l’emprise et l’intimidation d’un lobby hyperpuissant promouvant l’avortement et soutenu par les médias, une large majorité s’est ralliée à une proposition qui juridiquement n’est même pas clarifiée : le Conseil d’État et les députés n’ont toujours pas une idée claire sur la diQérence entre droit et liberté.

Nous remercions tous les députés qui ont eu le courage de dire NON ou de s’abstenir, et appelons les autres à faire de même au second vote. Sinon le Grand-Duché sera le deuxième pays au monde à constitutionnaliser l’avortement, trois ans après la réaction française à la révocation de Roe/Wade aux Etats-Unis.

Or ce n’est ni un progrès ni une gloire que de vider de son sens l’article 12 de la Constitution qui aQirme que : « La dignité humaine est inviolable » ! Avoir une Constitution qui ne mentionne pas le droit de l’Homme le plus fondamental, à savoir le droit à la vie, mais consacre la liberté garantie d’éliminer la vie non encore née n’est pas digne d’un pays se réclamant des valeurs démocratiques.

La constitutionnalisation de l’avortement éclipsant le droit à la vie sert d’ores et déjà comme tremplin vers d’autres soi-disant avancées, comme le délit d’entrave à l’avortement, la suppression de la clause de conscience du personnel médical ou encore de la prolongation toujours plus poussée, voire l’abolition pure et simple du délai d’avorter.

Aujourd’hui nous témoignons que Vie Naissante propose des alternatives positives, en faveur des femmes, des familles et des enfants non encore nés. Au lieu de condamner, nous voulons promouvoir l’information, la prévention, la prise en charge psychologique et toutes sortes d’aides matérielles rendues possible grâce à nos bénévoles du groupe de consultation, du vestiaire, et grâce à la solidarité et la générosité des donateurs.

Au droit à l’avortement nous opposons le droit de ne pas avorter.

Au délit d’entrave à l’avortement, nous opposons le délit d’incitation à l’avortement.

Aux solutions de convenance nous opposons un discours sur la valeur inestimable et la dignité de chaque vie humaine, quelle qu’en soit la condition ou l’âge.

Nous réclamons que le droit à la vie soit inscrit dans la Constitution et examinerons au plus vite l’opportunité d’une pétition à cet égard.

Merci

Clotilde, 24 ans, maman :

Bonjour à tous,

Je suis Maman d’une petite fille de bientôt trois mois. J’ai moi-même 24 ans et j’aimerais simplement exprimer mes pensées à la vue du projet de changement constitutionnel au Luxembourg.

Contrairement à ce que certains propos disent, une grossesse est passagère. Elle se termine ; ce n’est pas pour la vie. Le corps se remet, il est fait pour cela.

Un enfant, lui, est pour la vie. Mais cela ne signifie pas que toute la charge repose pour toujours et uniquement sur une seule personne. Il existe multiples options : l’adoption, l’entourage, des aides ponctuelles et puis un enfant va grandir, devenir indépendant.

Les projets, la vie sociale, les amitiés : rien de tout cela ne doit disparaître. Certes, certains projets changent, mais cela ne se passe-t-il pas tout le temps? La vie est-elle déjà toute tracée de A à Z ? Chaque pas de notre vie a-t-il été exactement comme prévu? Non, le vie est remplie d’imprévus. Il est bel est bien autorisé d’accueillir un enfant et de se laisser surprendre par l’amour qu’il apporte. Il ne faut pas l’avoir désiré, c’est une fausse idée. Ce qu’il faut s’est être disposé à l’accueillir, mais nous en avons tous la capacité: c’est ce qui nous rend humain.

Car une fois enceinte, il n’y a pas de véritable retour en arrière. Un avortement n’annule pas ce qui a eu lieu. Il y a bien eu conception — le mot lui-même le dit. De femme à femme, on peut se le dire honnêtement : on le sent, on le sait, un enfant nous est confié. En premier lieu à nous les mères, mais aussi aux pères et à toute la société. Un enfant va arriver dans un monde socialisé. Tous, nous sommes responsables des plus petits.

Depuis ma grossesse, aussi mes plans ont changé, ce n’était pas faciles, mais c’est aujourd’hui ce qui m’apporte de la joie et une paix intérieure. Et même, mes projets de vie ont pris un nouvel élan, parce qu’en tant que parent on veut construire un monde digne de ses enfants.

Alors voilà, je suis une Maman pour la première fois et quand je regarde mon enfant, je me demande quel monde nous sommes en train de construire.

Que signifie pour nous cette idée de “liberté” d’avorter ? Quel message envoyons-nous aux femmes, aux jeunes générations, à la population luxembourgeoise et au monde extérieur ?

Quel message une société envoie-t-elle lorsqu’elle inscrit dans la loi qu’une vie peut être interrompue avant même d’avoir été accueillie et découverte ? Quel regard portons-nous alors sur la fragilité, la dépendance, l’innocence ?

L’avortement est-il réellement un progrès ? Une violence faite envers une femme et son enfant ne l’est certainement pas. Non, le progrès est une solidarité augmentée.

Une civilisation continue de vivre parce que quelqu’un accepte de transmettre la vie malgré l’incertitude. Parce que quelqu’un dit : « Tu as une place parmi nous. » Une société grandit lorsqu’elle choisit d’accompagner et d’aimer, en particulier lorsque cela coûte. Car le vrai progrès ne consiste pas à éliminer tout ce qui est difficile, mais à rendre les épreuves plus humaines et plus supportables.

Je pense aux générations futures. Quel héritage leur laisserons-nous ? Une société qui protège les plus vulnérables, ou une société qui apprend peu à peu à écarter ce qui semble trop difficile, trop imprévu, trop fragile ?

Je refuse de croire que nous sommes devenus incapables d’aimer un enfant parce qu’il est encore invisible ou imprévu.

Et quel message envoyons-nous aux enfants ? Qu’ils sont les bienvenues seulement si elles ne dérangent pas nos plans ?

Nous vivons dans un des pays où le niveau de vie dépasse tout ce que les générations précédentes auraient pu imaginer. Nous avons la technologie, le confort, les moyens matériels, des aides sociales. Bien sûr, il existe des détresses immenses : psychologiques, physiques ou matérielles. Il y a des femmes seules, abandonnées, effrayées. Elles méritent infiniment plus que des jugements. Mais justement : notre première réponse devrait être l’aide, la présence, la solidarité concrète — pas la résignation.

Au Luxembourg, l’appareil social est fort. Il existe des aides, des structures, des possibilités concrètes. La Vie naissante a par exemple toute une brochure reprenant les divers aides autour de la grossesse au Luxembourg – un projet auquel j’ai contribué également, afin de dire à chaque femme qu’il y a des ressources, qu’elle n’est pas seule. Voilà ce dont le Luxembourg, une société moderne, devrait être capable: accueillir, aider et soutenir.

Sinon, quel message donnons-nous ? Que les femmes en détresse ne sont pas réellement les bienvenues au Luxembourg ? Que nous ne voulons pas les aider à choisir la vie ? Cela me paraît profondément injuste, et même discriminant, particulièrement envers les femmes.

Le Luxembourg peut choisir un progrès fondé sur davantage d’aide, davantage de charité, davantage de soutien concret. Non pas la facilité au détriment des plus faibles, mais une société qui les porte et les accueille.

Alors disons non à l’inscription de fausses libertés et oui à la solidarité, oui à la vie.

Filipa, 51 ans, maman de deux enfants :

Je m’appelle Filipa et j’ai 51 ans.

À l’âge de 26 ans, je suis partie à Paris avec mon petit ami, portée par l’esprit d’aventure pour étudier la philosophie. Dix jours plus tard, nous nous sommes disputés et il est rentré à Lisbonne.

J’ai trouvé du travail et j’étais déterminée à poursuivre ce projet audacieux, propre à la jeunesse. Mais, quinze jours plus tard, j’ai appris que j’étais enceinte.

Je me suis alors retrouvée seule dans un pays étranger, avec un contrat de travail de six mois et encore sans avoir trouvé un logement a moi. Issue d’une famille catholique, l’avortement n’était pas une option pour moi — pourtant si facile dans cette ville.

Mais comment allais-je faire ? J’avais l’impression que ma vie s’écroulait.

On m’a demandé de témoigner de cette situation que vivent beaucoup de femmes lorsqu’elles découvrent qu’elles sont enceintes et qu’elles ont peur pour leur avenir. Tout semble s’effondrer autour d’elles. Une situation que je connais bien.

Quatre ans plus tard, à 30 ans, déjà de retour au Portugal, je me suis retrouvée enceinte une deuxième fois. Vous pouvez imaginer qu’à la deuxième fois, la honte semblait encore plus grande.

Je ne vais pas raconter ici tout le chemin parcouru, ni comment Dieu, dans Son grand amour, a pris soin de moi et de mes enfants.

Mais je veux dire ceci : c’est un mensonge lorsqu’on vous dit qu’il n’y a pas d’autre solution. C’est un mensonge lorsqu’on vous dit que la seule solution est que votre enfant ne vive pas. Non. Vous n’êtes pas obligée d’avorter.

Je m’appelle Filipa, j’ai 51 ans et je suis mère de deux enfants : Xavier, 23 ans, et Maria, 18 ans.

Avoir eu mes enfants a été la plus belle chose de ma vie.